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Insécurité transfrontalière: Comprendre l'attaque de Gbiti à l'Est-Cameroun PDF Imprimer Envoyer
Écrit par cameroon infos   
Jeudi, 21 Novembre 2013 09:27

Lorsqu'à Bertoua le 07 novembre 2013, M. Edgar Alain Mebe Ngo'o procédait aux installations des responsables des unités de défense et de sécurité nouvellement créées à l'Est, il s'extasiait de ce ou «avec ce redéploiement stratégique et opérationnel, la région de l'Est compte actuellement parmi les plus musclées du Cameroun sur le plan de la défense et de la sécurité». Pour le Ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense (Mindef), «les décrets et arrêtés présidentiels du 16 septembre et du 11 octobre 2013 procédaient de l'impératif du redéploiement stratégique de notre dispositif de sécurité et de défense».

M. Mebe Ngo'o se livrait alors à la présentation de ce nouveau dispositif de sécurité matérialisé par l'activation de la 11ème brigade d'infanterie motorisée, avec la création en son sein du 13ème bataillon d'infanterie motorisé dont le poste de commandement se trouve à Yokadouma, la délocalisation du 13ème bataillon d'appui de Yaoundé pour Bertoua, la création de la base aérienne 102 à Bertoua, celle du groupe d'escadron n°4 avec deux escadrons à Bertoua et trois à Abong-Mbang, Yokadouma et Garoua-Boulaï.

Ce dispositif stratégique est complété par d'importantes réformes concernant les unités territoriales de gendarmerie. Et pour rassurer les responsables nouvellement installés sur les moyens de leurs actions, le Mindef annonçait «le stationnement à Bertoua, de manière définitive, d'hélicoptères de dernière génération et dont la mission sera d'assurer la sécurité de notre espace aérien et la stabilité de notre pays».

A ces responsables, M. Mebe Ngo'o avait recommandé de «veiller scrupuleusement à ce que les réfugiés civils et militaires qui nous viennent des pays voisins en déliquescence ne se livrent à des activités dangereuses à l'ordre public et à la paix sociale. Notamment à des trafics de toutes sortes et la circulation anarchique des armes».

Il avait terminé son propos par une allégorie faisant de la région de l'Est qui abrite des grands projets structurants «la dame-jeanne de vin du Chef de l'Etat sur laquelle vous ne devrez en aucun cas, en aucune raison, permettre à qui que ce soit de jeter des cailloux».

L'on se souvient qu'au début du mois d'avril 2013, le Mindef avait effectué une mission d'évaluation du dispositif sécuritaire frontalier de la Région de l'Est. Pendant deux jours, M. Edgar Alain Mebe Ngo'o avait visité les villes frontalières de Garoua-Boulaï, Kentzou et Gari-Gombo et en était revenu amer. «Les constats faits sur le terrain contrastent de loin avec les rondeurs et les figures de style employés dans les différents rapports envoyés à la haute hiérarchie militaire», soufflait une source au sein de la délégation d'officiers supérieurs qui l'accompagnait.


Le drapeau centrafricain qui flotte toujours à Garoua-Boulaï après le passage du Mindef est «intolérable», tout comme la porosité des frontières dans les villes parcourues. Les difficultés d'accès principalement à Kentzou et Gari-Gombo ajoutent à la complexité de la riposte en cas d'attaque. Pis, le Mindef avait noté, «des effectifs très réduits de soldats et sous-équipés qui ne peuvent faire face aux assauts répétés de rebelles centrafricains et tchadiens puissamment armés et rompus aux techniques de guerre».

DÉFIANCES

Toutes choses qui, selon une source sécuritaire, «ont conduit à la situation actuelle». La vue des impacts d'obus sur les murs du poste de police de Kentzou, à la suite d'une autre attaque des rebelles de la Séléka, a accru la sourde colère qui couvait au sein de cette mission d'évaluation dont les membres s'accordaient sur «un durcissement de ton avec les Centrafricains qui violent en permanence l'intégrité et la stabilité de notre territoire».

Pour l'un des officiers supérieurs, «le temps de la politique d'apaisement et de la diplomatie adoptée par le Cameroun sera bientôt révolue». Sur les détails de cette «intransigeance camerounaise», M. Mebe Ngo'o s'était contenté de déclarer à la presse que «je réserve la primeur de mes constatations au Président de la République, chef suprême des armées, qui nous a commis à cette mission».

Alors que le Cameroun tardait à réagir aux différentes attaques subies de la part des groupes armés en provenance de la République centrafricaine (RCA), deux faits majeurs se déroulent pour rappeler aux autorités de Yaoundé, le retard pris à l'allumage de la sécurisation des frontières. D'abord la descente d'«une mission de reconnaissance de l'armée française qui va se dérouler les 28 et 29 mai 2013» autorisée en date du 20 mai 2013 par un message-porté du Chef d'Etat-major particulier de la présidence de la République (CEMP/PR).

Selon les instructions contenues dans ce document dont «Repères» avait pris connaissance, le Mindef, son collègue des Relations extérieures (Minrex), le délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn) et le directeur général de la Recherche extérieure (Dgre) devaient la «faciliter». Au sein de l'armée camerounaise, des voix s'étaient alors élevées pour dénoncer cette perche tendue aux Français et conseillaient «une contre-attaque» sous la forme de la création d'une base aérienne à Bertoua avant l'armée française. Et c'est ce qui a été fait par M. Paul Biya il y a quelques semaines.

L'autre fait majeur que n'a pas pu contrecarrer le Cameroun est l'assassinat de l'officier de police de 2ème grade (Op2) Félix Ngando Dallé à Toktoyo, arrondisse¬ment de Ouli, département de la Kadéy. On se rappelle que ce département venait d'être frappé pour la seconde fois en l'espace de 6 mois.

Si l'on s'en tient aux différents récits faits par la presse centrafricaine des combats entre l'ex-rébellion de la Seleka, aujourd'hui au pouvoir à Bangui, et la branche armée du Front démocratique du peuple centrafricain (Fdpc) qui en faisait également partie, l'on est convaincu que les attaques de Kentzou, Toktoyo et Gbiti sont l'œuvre des éléments d'Abdoulaye Miskine.

Et les déclarations des sources locales à Gbiti font état de ce que «les hommes qui ont attaqué notre village tiraient en l'air en réclamant la libération de leur chef Abdoulaye Miskine», Ce dernier, on se souvient, avait été interpellé à Bertoua en septembre 2013 et conduit à Yaoundé par les éléments de la Direction de la surveillance du territoire.

Des sources sécuritaires révèlent que «Abdoulaye Miskine, était recherché par ses anciens alliés, peu après la prise de Bangui». Longtemps pourchassé par ceux qu'il avoue avoir quittés avant l'assaut victorieux de Bangui le 24 mars 2013, Martin Kourntamadji alias Abdoulaye Miskine échoue à Bertoua où il sera interpellé alors qu'il soignait les séquelles des blessures subies lors d'affrontements meurtriers avec l'ex-rébellion centrafricaine.

Au regard du dispositif sécuritaire, nouveau et ancien, de la Région de l'Est, l'on constate un délaissement du département de la Kadéy qui pourtant partage une longue frontière avec la RCA, un pays à l'instabilité sécuritaire avérée. Seul un peloton lui revient au terme des nouvelles dispositions sécuritaires frontalières. Pourtant, la position géographique de Toktoyo et Gbiti requiert une attention particulière des autorités camerounaises.

KADÉY

En effet, ces deux villages appartenaient il y a encore peu au grand arrondissement de Ketté qui englobait le district de Mbotoro, chef-lieu Ouli, érigé récemment en arrondissement à la faveur de la loi sur la décentralisation au Cameroun. Avant cette nouvel¬le disposition administrative, au plan sécuritaire, c'est le poste avancé du Bataillon d'intervention rapide (Bir) de Ketté qui s'employait à sécuriser cet espace. A Ouli, une brigade territoriale de la gendarmerie nationale est en sous-effectif tout comme à Ketté. Toktoyo, à 150 km de Batouri, ne bénéficie d'aucune couverture en réseau de téléphonie mobile.

A Gbiti, les éléments d'Abdoulaye Miskine ont coupé l'école publique, seul point de connexion en téléphonie mobile, du reste du monde en y installant pour quelques heures leur base militaire. M. Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, le Gouverneur de la Région de l'Est, avouait d'ailleurs n'avoir aucune information du front où se battaient les militaires camerounais.

Toutes les localités victimes d'attaques des éléments de Martin Koumtamadji sont plus accessibles côté centrafricain et présentent des similitudes. Toktoyo et Gbitti sont séparées de la RCA seulement par la même rivière, la Bombé. Elles sont de grands centres commerciaux avec cette particularité à Gbiti qu'ici, c'est le plus grand marché de bétail de la Région de l'Est. Une similitude commerciale que ces deux villages partagent avec Kentzou.

Malgré ces atouts, aucune de ces localités ne bénéficie d'une protection optimale et dissuasive. «A Gbiti, nous n'avons que trois policiers et sept éléments du Bir pour assurer notre protection», signale une source proche des familles agressées sur place. Même son de cloche à Toktoyo où «les Centrafricains savent que le nombre d'éléments de l'armée Camerounaise est inférieur au leur et qu'en cas d'opposition, le Cameroun n'a pas de chance de s'en sortir», rappelle un villageois.

La preuve: la horde d'éléments d'Abdoulaye Miskine a fondu sur Gbiti samedi 16 novembre 2013 aux environs de 18 heures. Faisant fuir l'officier de police Onana, chef de poste frontalier. Qui, en empruntant une moto à Boubara après avoir parcouru 17 km à pieds en en pleine nuit, s'est souvenu du sort qui avait été réservé à son collègue de Toktoyo dans la nuit du 19 au 20 août 2013. L'armée viendra donner l'assaut aux assaillants qui, dans la bataille, selon les sources sécuritaires camerounaises, ont perdu 05 éléments tandis qu'un militaire camerounais perdait la vie comme un habitant de Gbiti.

Pourtant, soutiennent les villageois, «si les autorités camerounaises avaient pris au sérieux les informations que nous leur donnions sur l'installation d'une base militaire de ces rebelles centrafricains à Banga, le premier village centrafricain après la rivière Bombé, et les menaces sur l'imminence d'une attaque centrafricaine, on aurait évité ce bain de sang inutile».

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