Aloès Vera, Ginseng, Moringa se disputent l’adhésion des Camerounais dans le traitement de certaines pathologies, sous le regard inquiet des médecins. Liliane Mendouga a le sourire resplendissant. Pour cette diabétique de 55 ans dont 10 années passées sous insuline depuis le diagnostic de sa maladie, la vie est plus légère depuis un an. «Je ne suis pas insulinodépendante. Toutefois, il y avait tellement de restrictions dans mon alimentation que je me voyais défaillir.
Puis vint le jour où une amie m’a parlé du Moringa, ce complément alimentaire naturel qui faisait des miracles. J’avoue que je n’y croyais pas vraiment. C’était il y a trois mois. Après une consommation régulière de cette plante en infusion, j’ai compris que j’avais trouvé ce qu’il me fallait. Le Moringa ne m’a peut être pas guérie du diabète, mais il atténue mon mal. Je me sens mieux», assure cette dame qui, depuis lors, a créé un «jardin du Moringa» dans sa concession. C’est que, depuis une décennie, différentes plantes aux vertus médicinales plus ou moins avérées ont séduit les Camerounais en quête de bien-être. Ceci au grand dam des médecins qui n’ont de cesse de rappeler leurs patients à plus de prudence face à ces recettes tirées de la pharmacopée, mais qui ne sont pas toujours comprises. «Chaque année, il y a une plante qui est au c?ur des préoccupations, qui soigne toutes les maladies. Vu que nous vivons de plus en plus dans le stress, et que nous sommes plus fragiles face aux microbes et virus alors que nous n’avons pas d’argent, les populations cherchent désespérément ces médicaments ‘miracle’ qui guériront leurs maux, sans qu’ils ne se fassent consulter et ne dépensent de l’argent. Une pure utopie», affirme le Dr Agnès Ekobo de l’hôpital gynéco-obstérique de Yaoundé. Si le Moringa tient le haut du pavé ces dernières semaines, l’Aloès Vera, le Ginseng et le beurre de cacao ne sont pas en reste. Et si du côté des naturothérapeutes, on se fait convaincant, on se veut également prudent face à l’usage que fait la population de ces différentes plantes.
Crise économique Alors que Léopold Takuepeka, membre du réseau Moringa Cameroun (Mocam) - un réseau qui a pour but de faire comprendre les vertus de cette plante aux populations - reconnaît les différentes vertus attribuées à cette plante, il se fait un devoir d’interpeller les uns et les autres. «Il ne fait pas de doutes qu’avec la crise économique, les gens se sont laissés prendre au piège, car si ces plantes guérissent effectivement, il faut savoir qu’il y a un minimum de connaissances à avoir. Tenez par exemple, pour ce qui est du Moringa, il en existe 12 espèces, et une seule a des vertus thérapeutiques : c’est le Moringa olifeira. Il y a une autre qui est dangereuse lorsqu’elle est consommée crue. Combien de Camerounais font-ils la différence entre ces différentes espèces? Au-delà de cela, il faut savoir que même si ces différentes plantes ont ces vertus, il y a des précautions à prendre pour s’assurer qu’elles ont les effets escomptés». Malgré cela, les populations, elles, persistent et signent face aux vertus reconnues à ces plantes. Ainsi, pour le seul Moringa: «les feuilles sont deux fois plus riches en protéines que le lait ; trois fois plus riches en fer que le gombo, quatre fois plus riches que la carotte en vitamine A ; quatre fois plus riches en calcium que le lait ; trois fois plus riche en potassium que la banane, sept fois plus riche en vitamine C que l’orange» ! Comment alors résister ?
Illégalité A l’occasion de la célébration, le 31 août 2011, de la 9ème Journée africaine de la médecine traditionnelle, le ministère de la Santé publique (Minsanté) a annoncé que le Cameroun comptait un peu plus de 400 plantes médicinales répertoriées. Une révélation pas surprenante, si l’on se réfère au boom des médecines dites non conventionnelles au Cameroun ces dix à quinze dernières annéesn mais qui inquiète quand on sait que le secteur est très peu contrôlé. A cet effet, dans Récup’Action, une publication du Centre international de la promotion de a récupération (Cipré), l’on soulignait déjà que «l’absence d’une loi réglementant ces pratiques, tous fonctionnent dans l’illégalité et exposent le citoyen moyen en quête de bien-être à l’inconnu». Se souvenant de l’euphorie qui a envahi les populations il y a une dizaine d’années alors que l’Aloès Vera était très prisé par les populations, Léopold Takuepeka rappelle : «Tout est dans l’utilisation que l’on fait de la plante. Si l’on ne sait pas quels sont les éléments qui vont avec les vertus d’une plante, il vaut mieux ne pas s’aventurer».
Dorine Ekwè
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