L'ancien ministre d'Etat, incarcéré dans le cadre de l'affaire de l'Albatros, prend l'opinion publique à témoin. Ses lettres ouvertes publiées dans la presse exaspèrent le Palais d'Etoudi. Du fond de sa cellule de la prison de Kondengui, à Yaoundé ou il est incarcéré depuis le 16 avril , l'ancien ministre d'Etat chargé de l'administration territoriale et de la décentralisation, Marafa Hamidou Yaya tient le Cameroun en haleine.
Il a récusé le juge d'instruction chargé de l'affaire dite de l'Albatros relative au détournement de l'argent public destiné à l'achat d'un avion présidentiel) et instruit lui même son procés... dans la presse.
Le détenu de 59 ans a publié deux lettres ouvertes au Président Paul Biya et une troisième aux Camerounais dont le contenu met en lumière les coulisses de l'impénétrable palais d'Etoudi. le déballage est bien orchestré. A chaque fois les lettres sont déposées à la rédaction d'un hébdomadaire régional de son Grand Nord natal, l'Oeil du Sahel, dont elles ont fait gonfler le tirage de 5000 à 15000 exemplaires... En dépit du ton révérencieux des missives, l'exasperation des proches du chef de l'etat est à son comble , au point d'envisager le transferement de l'encombrant détenu dans une caserne militaire de haute sécurité.
Evidemment celui ci clame son innocence et denonce des poursuites aux motivations politiques : "Monsieur le Président de la République , écrit il dans sa première lettre du 02 mai, (mon) indépendance d'ésprit m'avait (conduit à ) vous dire après l'élèction présidentielles de 2004, que ce septennat devrait être le dernier pour vous et que nous devrions tous nous mobiliser pour le succès des grandes ambitions afin que votre sortie de la scène politique se fasse en fanfare, que vous jouissiez d'un repos bien mérité, à l'intèrieur de notre pays..."
Pour celui qui était alors secrétaire général de la Présidence, le harcélement et la vindicte à (son) égard datent de ce temps la".
Le mitraillage se poursuit : " Après la formation du gouvernement consécutif à l'élèction présidentielle de 2004, vous m'avez accordé une audience au cours de laquelle vous m'avez demandé ce que les gens (pensaient) du gouvernement. Je vous ai répondu qu'ils (pensaient) qu'avec un effectif d'environ 65 ministres et assimilés, le gouvernement (était) pléthorique et manquerait d'efficacité. Entre agacement et irritation vous m'avez tenu ces propos : "Monsieur le Ministre d'Etat, vous êtes combien de ministres dans ce gouvernement ? Peut être dix ou quinze tout au plus. Le reste ce sont des fonctionnaires à qui j'ai donné le titre". Je vous ai répondu : "C'est peut être vrai, Monsieur le Président de la République. Mais le problème, c'est que ces fonctionnaires, eux, se prennent pour des ministres".
Allusions :
L'impassible Marafa perd il son sang froid ? Pas sur. Certes sous sa plume transparait le dépit d'un homme qui sent son destin lui échapper. Mais aussi l'instinct de survie d'un animal politique qui attaque pour mieux se défendre et menace, entre allusions et sous entendus, de faire exploser la République. Compilées depuis 2008,les plus de 500 pages de dossier qu'il détient pourraient éclabousser des personnalités au dessus de tout soupçon. Candidat à la succession il esquisse un projet présidentiel, dans sa deuxième lettre, publiée le 15 mai, se construisant ainsi un avenir au bord du précipice.
La bataille est donc engagée sur le terrain de la communication, peu favorable au très secret Biya, dont MArafa pointe la responsabilité dans sa troisième lettre publiée le 23 Mai.
"Qui a décidé d'utiliser le guichet de la SNH ? (Société Nationale des Hydrocarbures ndlr) pour payer les 31 millions de dollars, prés de 34 millions d'euros en août 2001, nécessaires à l'achat de l'avion présidentiel ?" feint il de s'interroger . Une bataille à l'issue incertaine s'annonce.
Georges Dougueli - Jeune Afrique - 27/05/12
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