S’il existe une actualité brulante qui essaime le haut du pavé depuis quelques semaines, au Cameroun, c’est bel et bien ce que l’on pourrait appeler sans euphémisme « l’affaire Marafa ». Entendez y, l’avalanche des lettres ouvertes que le détenu de la prison secondaire de Yaoundé égrène au fil des jours, depuis son arrestation, dans le cadre d’une affaire estampillée de droit commun, mais que le prévenu veut politiser par le déroulement épistolaire d’une prétendue candidature à la Magistrature suprême.
Au lieu de répondre aux multiples questions posées par le juge d’instruction dans les seuls contours de l’affaire ayant licitement conduit à son interpellation (sans surprise), l’ancien ministre d’Etat en charge de l’Administration territoriale fait dans la diversion en arguant être porteur d’un projet de société dévoilé depuis qu’il est en prison, comme pour justifier son arrestation… Faut-il rappeler que le chef d’accusation pour lequel l’ancien secrétaire général de la Présidence de la République est incarcéré au SED porte essentiellement sur la présomption de tentative et de détournement en coaction des fonds destinés à l’acquisition d’un aéronef présidentiel, et que cette personnalité se trouve dans les mailles de la Justice parce que son nom a été régulièrement cité par les premiers condamnés du même dossier explosif dont le temps n’a point conduit à la corrosion des faits ?
L’ex-ministre d’Etat interpellé le 16 avril 2012 est poursuivi pour l’achat manqué d’un avion présidentiel, le Boeing BB Jet II, soit la distraction de 16 milliards de FCFA sortis des caisses de l’Etat. « 10 ans après, il n’y a ni avion, ni argent » comme souligne le ministre Issa Tchiroma. Cité à comparaitre par ses anciens amis ayant eu quelque rôle à jouer dans ce dossier strident, Marafa Hamidou Yaya s’absout une innocence controuvée, non pas devant le tribunal du Droit, mais par des salves épistolaires, pour appâter les jurés de la rue, et/ou inciter les apostats de la société à la révolte… c’est le refus de cette stratégie de la terre brulée que les Camerounais perçus comme les destinataires de ses missives font remarquer à l’ex-illustre collaborateur du chef de l’Etat, destinateur timoré des lettres lâchement empilés pour espérer dissimuler son forfait, lequel remonte au moment où l’intéressé était SG/PRC et PCA de la SNH.
Autrement dit, au cœur du Système qui l’a fabriqué, sans que l’intéressé eut un mérite intellectuel particulier pour accéder, ni même s’éterniser à de si hautes fonctions républicaines (Secrétaire d'Etat aux Finances, puis Conseiller spécial du Chef de l'Etat, ensuite Ministre d'Etat Secrétaire général de la Présidence de la République, last and not the least, ministre d'Etat, ministre de l'Administration territoriale et de la Décentralisation, sans omettre qu’il fut au passage président du Conseil d'administration de la SNH, et plus tard, du FEICOM). Tout ça pour lui… comme ça se dit au quartier. Mais, pourquoi lui ? Une chose est certaine, la traitrise n’a point la maitrise de la décence…
On le constate aujourd’hui, l’homme était au cœur d’un vaste complot ourdi contre son mentor, et qui eut pour conséquence directe de freiner les projets économiques construits par le Président Paul Biya. Le ver était donc dans le fruit, et l’espion dans le placard. Le fameux « G.11 » n’était surtout pas un serpent de mer. Marafa est déjà coupable d’avoir ramé à contre-courant des actions initiés par le Système qui l’a moulé, et qu’il a hypocritement combattu de l’intérieur. A coups de haches fourchues, il a dépecé la démocratie, non sans laisser des âmes des Camerounais sur le carreau de ses ambitions subjectivistes.
Dans sa quête endémique du pouvoir, Marafa a fait beaucoup de mal aux gens. Autant le dire, pour s’en souvenir, en dehors de l’Albatros, conjuration suprême et satanique, le pétrochimiste a usé des mélanges de substances contre-nature pour briser des carrières, voire, conduire à l’implosion latente du Cameroun, s’il n’était pas fait roi… Mais, le destin rêvassant d’un seul individu, fut-il présidentiable dans ses fantasmes, doit-il mettre en danger la vie de toute une Nation ?
En vérité, l’ex-MINATD n’est pas blanc comme neige. Sur ce coup là, personne n’est dupe ! Personne n’a la mémoire courte ! Les Camerounais ne sont pas des moutons de panurge ! Ils ne sont surtout pas amnésiques et le font savoir. Dans un exercice épistolaire semblable au sien, les mêmes causes produisant les mêmes effets (tout chimiste le sait), nous avons entrepris de rassembler les avis des camarades du Parti, le RDPC, dont Marafa est encore un des indignes dignitaires, tout en laissant parler ses victimes.
La compilation de ce que les Camerounais pensent des Lettres ouvertes de Marafa Hamidou Yaya permet de cerner l’autre face (cachée) du tribun du SED. Le Pr Jacques Fame Ndongo souligne qu’«un plaidoyer pro-domo peut se situer à des années-lumière de la vérité» que tente pourtant d’édulcorer Marafa. Pour le sémiologue, Marafa use de la technique pro-domo, autant qu’il est incapable de se regarder dans la glace de la probité ou de « regarder la réalité en face, il cherche un exutoire où il peut s'auto-sublimer. C'est une démarche tout à fait psychanalysable, la sublimation étant un reflet du "ça"» dont on connait par ailleurs les ravages sous-tendant les pulsions pouvoiristes : la haine, la jalousie, la perfidie, la manip, la cruauté, le crime…
Morceaux choisis
Charles Ateba Eyene pense pour cela qu’« aucun jeune camerounais ne veut ressembler à Marafa », et ne le prendrait comme modèle. Bien plus, sa stratégie pro-domo est « une ridicule mise en scène qui n'émeut aucun Camerounais normal ». Pour lui, les sorties de Marafa traduisent son immaturité politique. « On peut sans risque de se tromper, écrit-il, arriver à la conclusion que ce fils digne de Garoua confond l'espace politique au manège pour enfants. (…) Marafa Hamidou Yaya est bien de ceux qui ont imposé la logique des réseaux dans ce pays avec au fond, la marginalisation des hommes compétents et libres d'esprit. Une démarche qui a fragilisé le fonctionnement de l'Etat.
L'anthologie de la bêtise dans la sortie du compatriote du septentrion réside dans le fait qu'il se livre au ponce-pilatisme. Dans l'esprit des conspirateurs et des comploteurs, le président Paul Biya ne comptait plus. Dans un tel contexte, chacun plaçait les siens pour étoffer son réseau. C'est ainsi qu'à force de copinage, le Cameroun est devenu un univers des réseaux.
Ceux-ci dictaient bien leurs lois au reste de la société. (…) Je ne sais pas combien de jeunes Camerounais veulent vraiment ressembler à Marafa aujourd’hui. Je ne sais pas combien de Camerounais veulent le pouvoir tout simplement pour écraser les autres, bien que nous soyons dans un contexte démocratique. Marafa était bien un homme des réseaux. Il avait ses réseaux… ».
Le ministre Tchiroma quant à lui, dénonce la tentative de déstabilisation du pays qu’il perçoit derrière les publications épisodiques de l’illustre forcené qui se déchaine contre le régime en place : « Je voudrais dire à ceux qui sont tapis dans l’ombre, notamment le ministre Marafa, que la paix n’est pas une variable au Cameroun, mais qu’elle est une réalité et que les camerounais l’ont intégré, et donc son discours n’aura aucun impact sur eux. A tous ceux qui sont les gardiens du temple et qui sont conscients de ce que le chef de l’Etat a mobilisé toute la nation dans la direction que nous connaissons, à savoir celle de la construction de la richesse.
Or que cherche le ministre Marafa ? Il cherche à utiliser la presse comme le piston d’un pistolet qu’on poserait sur la tempe pour se tirer une balle. Il cristallise l’attention sur lui pour que cette marche que nous avons entreprise s’arrête pour ne suivre que son affaire. » L’intéressé veut-il adopter le Syndrome de Stockholm comme une stratégie politicienne de la victime absolue ?
Comment confondre délibérément une affaire de détournement de deniers publics aussi flagrante et sa tentative de transfert vers la chapelle politique ? Pour un tel amalgame, Issa Tchiroma croit du reste tenir l’astuce échappatoire usité par Marafa Hamidou Yaya : « On ne peut pas faire que chaque fois qu’on arrête quelqu’un, il dit que c’est parce qu’il a des ambitions. Cela n’a pas de sens, la question est de savoir si un problème se pose avec l’affaire des avions, c’est dessus qu’il faut faire des investigations ». Et Fame Ndongo de s’interroger en questionnant l’infortuné écroué au SED : « Dieudonné Angoula, Gilles Roger Belinga, Joseph Edou, Siyam Siwé, Mme Haman Adama etc. voulaient devenir Président de la République ? Garga Haman, Haméni Bieleu, J.J. Ekindi, et John Fru Ndi sont-ils en prison ?
Le camarade Marafa devrait plutôt préparer avec méthode et rigueur son argumentaire devant la Cour, où il y aura des débats publics et contradictoires, à moins que ses avocats que nous supposons pugnaces et sagaces, ne l'aient déjà fait. C'est au tribunal que l'on "dit le droit" et non sur Internet. Quelle est la problématique ? Convaincre le juge, le moment venu, qu'il doit partir du statut de " prévenu " (qui est le sien actuellement) à celui d'innocent (non coupable)… »
Dans le même sillage relevant de la confusion et de la mauvaise foi de l’ancien ministre d’Etat, le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril soulignait être « surpris par la fuite en avant, voire l’amalgame orchestrée par certains prisonniers de cette Opération, qui s’abîment dans des manœuvres tendant à transformer en dossier politique ce qui pourtant aux yeux de tous, relève du droit commun».
Manipulation et perfidie
Le politologue Simon Pierre Mfomo déduit qu’« en attendant que la Justice saisie du dossier fasse toute la lumière sur cette affaire, l'ancien Ministre, s'il a jamais eu le sens de l'Etat et de l'honneur, gagnerait à faire profil bas (comme par exemple Monsieur DSK en France).
Malheureusement, ses lettres à répétition laissent penser que ses 17 années de hautes fonctions n'auront pas suffi à lui inculquer la culture de l'Etat et du service public. Dans la mesure où, obnubilé par le pouvoir, il ne comprend toujours pas que lorsqu'on est convaincu de vénalité, on perd toute crédibilité pour prétendre assurer les charges publiques. La privatisation du patrimoine public, c'est l'antithèse par excellence de l'Etat de droit ». Et au politologue qui connait bien les pratiques de l’ex-MINATD de s’en étonner pour le décrier ! « Marafa aurait-il donc un projet pour la paix et la justice? Qui pourrait le croire, venant de quelqu'un soupçonné d'avoir confondu les caisses de l'Etat avec ses comptes privés, et dont le fameux projet pourrait être légitimement perçu comme celui de la privatisation de l'Etat? » C’est dire si des victimes, M. Marafa en compte à la pelle.
Ces extraits de la lettre ouverte de Paul Eric Kingué ancien maire de Penja à Marafa en disent long sur les méthodes du Présidentiable du SED : « Voici bientôt 5 ans, que je vis innocemment en prison par votre seule volonté, parce que condamné à vie, dans une procédure où vous avez instruit qu'il ne me soit pas permis de présenter ma défense à l'information judiciaire.(…)
Bientôt cinq ans disais-je, au cours desquelles ma famille a été disloquée et déchirée, avec à la clé, le décès le 08 Mars 2011, de ce qui me restait de plus cher, mon fils Paul Eric Kinguè Junior, rendu à sa dernière demeure le 07 mai 2011. Vous m'avez tout arraché : la liberté, la fonction, mon fils, ma famille, ma dignité, mon honneur jamais écorné auparavant...
Pour y arriver, Vous aviez construit mensonges, calomnies, manipulations et sabotages contre ma modeste personne, pourtant jusque là sans histoire, déterminant comme je l'ai dit plus haut, le Président de la République à me révoquer de mes fonctions. (…) Courant mars 2008, au cours d'une conférence de presse tenue à Yaoundé, vous m'accusiez et je vous cite : «d'avoir été à la tête d'une horde de voyous qui ont incendié la brigade de Gendarmerie de Penja». Pourtant jamais, cette brigade n'a été ni attaquée, ni incendiée. C'est au cours de cette même conférence de presse, que vous accusiez le président national du SDF, Sieur NI John Fru Ndi, dont vous sollicitez aujourd'hui le soutien, d'avoir été aperçu à bord d'une pick-up, accompagné d'un détenu de la prison de New-Bell, condamné pour l'assassinat du Français Nourry, entrain de coordonner les émeutes de Février 2008.
Heureusement pour moi, mon avocat Me René Manfo n'est pas militant du SDF pour être détaché pour votre défense. Du fond de votre cellule, pouvez-vous imaginer les conséquences graves sur ce qu'auraient occasionné sur ce parti respectable, vos mensonges et manipulations si le Président Paul Biya avait décidé de vous suivre dans vos rapports toujours erronés?
Calomniateur vous l'êtes, menteur vous l'êtes, affabulateur vous l'êtes, corrompu vous l'êtes, ingrat vous l'êtes, manipulateur vous l'êtes au centuple. Vous aviez bâti votre ascension sur ces contre-valeurs que vous dénoncez aujourd’hui. (…) Vous dites être porteur de projets pour le Cameroun. De quels projets s'agit-il? S'agit-il des projets d'un Etat où Mensonges, calomnies, manipulations, homosexualité et perversions de tout genre seront encadrés par un chef lui-même sans épaisseur morale? (…) Oui, vous êtes sans épaisseur morale Sieur Marafa Hamidou Yaya.
Croyez-vous, au plus profond de votre âme que plus d'un demi-siècle de souffrances et de misère après, le peuple Camerounais dont vous sollicitez l'attention, la compassion et la compréhension mérite d'être embarqué dans vos rêves, qui ne visent que votre seule satisfaction et celle d’une minorité de fonctionnaires (Sous-préfets, Préfets etc) que vous aviez disséminés sur l'ensemble du territoire national ? Vous avez brisé des vies et des espoirs et cela, nul ne doit l'ignorer...
Cher Monsieur, dois-je penser que vous n'étiez finalement qu'un «homme d'état» en carton c'est-à-dire sans consistance? Si non, où est passé le sacro-saint principe d'obligation de réserve dont est astreint tout véritable homme d'Etat? » Du fond de son cachot, P. E. Kingué signe « Votre humble victime, le condamné à vie »qui en veut certainement à Marafa… à mort.
© Correspondance de : Paul Sali Djouguele
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