Aux sources de la crise Eglise évangélique luthérienne du Cameroun en cette semaine du 5 avril 2012. Un synode général extraordinaire se tient dans la ville de Ngaoundéré sur le thème : « Relecture de la constitution et du règlement intérieur de l’Eelc ». Dans l’enceinte de l’église du millénium, les discussions prennent très vite la tournure tant redoutée. Au lieu de plancher sur les questions essentielles de développement, les parties prenantes - dont les « dissidents» brillent par leur absence- s’attardent plutôt longuement sur les voies de sortie de la crise qui secoue actuellement l’institution religieuse à Ngaoundéré.
En effet, le torchon continue de brûler entre les coreligionnaires de l’Église évangélique luthérienne « au » Cameroun et ceux de l’Église évangélique luthérienne « du » Cameroun. Les deux fractions antagonistes se livrent une bataille sans merci. Une situation semblable à celle des Soudans Nord et Sud, qui plonge ce ministère de la foi dans une angoisse profonde. Des conflits de leadership, des écarts de management et des délits de gestion sont le socle de la discorde. La deuxième puissance économique dans l’Adamaoua après Camrail est aujourd’hui presque à genoux. Créée en 1965, l’Eelc a décidé, lors de la rencontre de 2007, de changer de dénomination, source du bicéphalisme actuel qui sème le trouble jusque dans les hautes sphères de la République. Des voix se sont donc levées dans la faction dissidente « du ». Celle-ci fait entendre trois reproches : le changement de nom, l’adoption du système d’épiscopat et l’ordination des femmes pasteurs. De curieux arguments, puisqu’en 2007, les plaignants d’aujourd’hui étaient les participants aux travaux du synode de Garoua, où s’est faite la planification desdits actes. La programmation s’est affinée en 2009 à Bankim. Où les dissidents actuels étaient candidats malheureux à l’élection du tout premier évêque national. « L’espoir de réconciliation espéré du 17 au 21 avril 2012 s’est envolé avec la non participation des « frères mécontents » qui ont décliné l’invitation prétextant une sollicitation tardive », mentionne le président du conseil synodal Aoudi David. L’apologie du mal est amplement déballée par l’évêque national Mgr Thomas Nyiwé. Le guide « est revenu sur la genèse de cette fracture marquée à l’époque par l’accusation de pratique et de promotion de l’homosexualité par l’Eelc.
Dès lors, les tons ont pris du plomb, une « Coordination nationale » illégale selon la loi est née regroupant les partisans du désordre. Des instigateurs du conflit qui discutent les biens de l’institution, pratiquant des animosités indignes de l’imagerie chrétienne, manifestant de l’agressivité à l’endroit des fidèles et entretenant la discorde par le refus systématique du dialogue fraternel». Malgré toutes les résolutions, propositions et sollicitations amicales, la blessure reste béante entre les camps opposés. Les fidèles, quant à eux, ne savent plus à quel saint se vouer.
La médiation reste infructueuse La volonté administrative de recoudre la déchirure à l’Eelc ne manque pas. Du ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation, aux sous-préfectures et préfectures en passant par la Région, tous les médiateurs ont en vain déployé une énergie considérable à la réconciliation des deux parties. Trois sessions de concertation se sont d’ailleurs tenues en août puis novembre 2011 et en février 2012, sans véritable succès. Une ambiance délétère qui a déjà causé beaucoup de violences ici et là, entre les brebis de cette grande communauté religieuse. L’occasion de la semaine luthérienne a été saisie pour des consultations entre l’institution religieuse et ses partenaires historiques au Cameroun, en l’occurrence la Société des missions norvégiennes (NMS), ELCA et Micao. Pendant trois jours, les partenaires ont revisité les contours de leurs relations, jaugé le fonctionnement des institutions par la présentation des feuilles de route, mesuré l’impact de la crise sur l’Eelc et examiné les conséquences pour trouver des dénouements à cette situation qualifiée de préoccupante. Des échanges ont déboulé sur des résolutions porteuses d’espoir dans la marche opérée pour le changement, mieux la paix au sein de la grande famille Eelc.
Mme Anne Landji, représentante régionale d’ELCA en Afrique de l’Ouest, évoque la nature de leurs apports à l’Eelc en cette période d’incertitude : « Nous sommes venus nous enquérir de la situation sur place et s’informer sur l’évolution des choses en vue de mesurer le poids de la crise sur la vie du ministère, l’avenir des programmes et l’évolution des projets. Notre apport à ce propos s’évalue en termes d’accompagnement moral et spirituel, c’est une crise interne qui nécessite des solutions appropriées trouvées par les belligérants. La crise a dévoilé certaines blessures cachées qui pourront maintenant être traitées. C’est dans la difficulté que naissent parfois les bonnes choses, il faut juste tirer les leçons et murir. ». Et demain, l’Eelc new look ?
Les travaux dirigés par l’évêque national, Mgr Thomas Nyiwé, sont sanctionnés par deux temps fort. D’abord l’évocation de la problématique de la crise luthérienne au sein de l’Eelc. Rien de concret à signaler à ce sujet. Ensuite le débat sur les problèmes d’ordres juridiques, notamment les nouvelles dispositions relatives au vote du budget. Celui-ci passe du mode biennal des synodes général à celui annuel du synode régional dans chaque région ecclésiastique. Dans une ambiance lourde et méticuleuse, les participants ont scruté les points à l’ordre du jour, renvoyé les questions sensibles aux débats dans les régions pour harmonisation des propositions et amendement avant adoption au synode de 2013. Comme dans tout conclave, des résolutions ont sanctionné les assises résumées en ces points. La prise en considération des modifications portées par le comité de constitution et de convention avec recommandation d’en faire une large diffusion, le constat d’échec des initiatives entreprises par l’église pour une résolution pacifique de la crise suite à l’hostilité des frères mécontents, la main tendue vers les dissidents par la mise sur pied d’un comité de médiation chargé d’accompagner le processus de réconciliation, enfin la protection des biens matériels et immatériels de l’église par tous les moyens de droit.
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